MESCHTSCHANOW Alexej. Lampe. 2012. Tuyau en acier, photographie noir et blanc, verre, électricité, 86 x 65 x 26 cm Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

MESCHTSCHANOW Alexej. Breuer-Test VIII (extrait). 2013 Photographies noir et blanc, verre, bois, métal, peinture, 90 x 1.000 x 18 cm, courtesy de la galerie Klemm’s Berlin Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

CLOWES Daniel. Eightball, n° 8. 1992

CLOWES Daniel. Eightball, n° 2. 1990 CLOWES Daniel. Eightball, n° 2. 1990

De gauche à droite : REGAZZONI

Tony
. Moonlight shadow (vue partielle). 2013 ; STADLER Robert. Porte –

Manteau
. 2011 ; BETTE Marie. Ouvertures. 2011 ; SOBRAL CAMPOS

Rita
. The last faust myth in the history of mankind. 2009. Vue de l'exposition : «

Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin).

Photographie © Aurélien Mole, 2013

La morale de Brigadoon est assez terrible. D’une part, le village disparaît avec Gene Kelly comme signifiant la nécessité dʼun désir inassouvi pour continuer de vivre. D’autre part, elle rejoint l’acception philosophique classique comme quoi l’amour est hors temps (et c’est justement la socialisation et l’aspect politique de l’amour qui le met en danger), elle suggère de plus que la modernité représente une menace à la réalisation de l’amour et du bonheur. Les rares images représentant New-York (ici convoqué comme «le réel») sont frénétiques et ternes, là où les images du village sont à la fois chatoyantes et apaisantes. Ironie du sort, les premières ont été tournées dans des lieux quotidiens existants, là où les secondes ont été prises en studio car il pleuvait beaucoup trop dans les montagnes écossaises pour pouvoir produire ce Brigadoon magique dans son environnement supposé naturel. C’est donc bien la technique impressionnante du cinéma qui permet la création de cette nature idéale. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la figure féminine dans le film, entre la douceur et la disponibilité de la paysanne, restée pure et libre, et la femme à la cigarette accoudée à un bar new-yorkais. Notre ami Don Draper, héros de la série Mad Men, lui, s’il se détourne de sa chère et tendre quand elle rejoint le monde de l’image et du cinéma, le fait non contre cet univers du visuel, mais parce qu’elle a demandé son aide, qu’elle n’a pas créé son propre passage de l’autre côté. Le problème n’est ni le spectacle, ni la mise en scène, mais le contrôle, le pouvoir. L’épouse ne cherche pas tant à créer sa propre image qu’à s’inscrire dans celle toute faite qu’on peut lui proposer, à devenir un simple objet de projection. La confusion, ancestrale, est dénoncée par Foucault.

« Notre société n’est pas celle du spectacle mais de la surveillance…nous ne sommes ni sur les gradins, ni sur la scène, mais dans la machine panoptique ».

Le problème ne serait pas le voyeurisme, ou plutôt le scopisme, la pulsion du voir, ni l’exhibitionnisme, l’envie de faire image, mais la surveillance et la normalisation, impliquant ainsi une connotation plus politique que morale.

Valorisant l'ambiguïté de l'image, l'exposition Brigadoon déclinait une conception du savoir double, ni linéaire, ni univoque, basée sur la pulsion scopique. D’un côté, les œuvres dévoilaient la réalisation du fantasme, le corps à corps avec l’image, que ce soit pour une contemplation béate ou la mise à nu de son décorum, dans une vision totalisante proche du cinéma. De l’autre, elles cherchaient la circonvolution du mystère, vu de loin, en perspective, laissant place au doute, utilisant l’ellipse pour la production du récit, dans une vision plus fragmentaire liée à la pratique du collage ou de la navigation numérique. Ouvertures vers un ailleurs, mises en scènes du corps ou encore tentatives de pénétration du visuel, les oeuvres jouaient le jeu de leur figuration, devenant elles-mêmes des éléments d’une image globale. Continuant cette logique de réflexivité, condition nécessaire d’une véritable expérience de l’image, l’exposition invitait le spectateur à un jeu de visions multiples. A la fois regardeur et regardé, le visiteur pouvait ainsi pénétrer l’image formée et découvrir les multiples réalités qu’elle renferme. What a loony layout this is, à la fois espace étendu et catalogue de l'exposition, poursuit ce voyage dans la duplicité du réel.


Ricky Hollywood & Elmapi. Brisons la glace master, 2002 .mp3


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4. Michel Foucault, Surveiller et punir, Edition Tel Gallimard, 1993                                                                                                                                                                                               3

« De même, le réel n’est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : s’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l’abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s’il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. […] Dans l’illusion, c’est-à-dire la forme la plus courante de mise à l’écart du réel, il n’y a pas à signaler de refus de perception à proprement parler. La chose n’y est pas niée : seulement déplacée, mise ailleurs. »²

Est-il pour autant nécessaire de passer de l’autre côté pour en découvrir les mécanismes ? Ne peut-on observer de loin dans une position analytique ? Il s’agirait alors de rester dans la quête, bien élaborer les contours du passage qui nous mènerait à l’image, le circonscrire, pour rendre visible le mystère de l’image elle-même, mais sans jamais risquer de s’y fondre. Ce serait pour Lacan la meilleure option, puisqu’on ne peut véritablement ni pénétrer ni combler le « trou », ce mystère du réel à jamais inaccessible, mais que les artistes sont les plus à même d’approcher. Pénétrer et analyser l’image reviennent pareillement à la considérer comme voie d’accès à un savoir, posant le désir de voir, la pulsion scopique au cœur de la volonté de recherche.  Cette conception de l’image comme source de savoir fait peur. La curiosité est traditionnellement un vilain défaut et la pulsion scopique se trouve condamnée depuis l'antiquité, son plus grand détracteur étant évidemment Platon. L’image est associée à un éloignement de l’état de nature : elle est la conséquence inévitable du progrès technique. Ainsi, les ombres de la caverne sont produites par le feu, premier moteur des lanternes magiques, premier outil aussi de l’homo sapiens.

Quand le personnage de Gene Kelly pénètre Brigadoon, il ne sait pas encore qu’il devra choisir entre sa vie new-yorkaise marquée par le progrès et l’Histoire en marche, et son grand amour, resté à l’âge du troc et des femmes en robes longues. Il y a souvent une morale dans les films qui traitent de la réalisation du fantasme ou du rêve. Car quand le rêve devient réalité, c’est la structure sociale dans son ensemble qui est menacée. Comme Aurélie Ledoux le démontre en s’appuyant sur La femme au portrait de Fritz Lang, comparé à Total RecallMatrix et Vanilla Sky : l’expérimentation de la pénétration de l’image, qu’elle soit mentale chez Lang ou technologique pour les autres, amène à un dénouement moralisateur qui s'est durci ces dernières années.

« En conclusion, si l'on revient sur le statut des trompe-l'oeil cinématographiques contemporains et qu'on les compare à leur modèle langien, force est de constater que les problématiques ont changé : La femme au portrait posait la question de la culpabilité, et non celle de la réalité. En effet, chez Lang, ce qui s'oppose au désir, ce n'est pas le réel, c'est la loi. En identifiant le réel à un obstacle au désir, ces films contemporains se font plus « moralisateurs » et « conservateurs » que le film de Lang. Car c'est une chose que de dire que le réel se signale par le fait de résister au désir mais c'en est une autre de le définir par opposition au désir : dans un cas le rêve était l'apprentissage de la sagesse, dans l'autre il devient exhortation à la résignation. »³

__________

2. Clément Rosset, « Le réel et son double », in L'école du réel, Edition de Minuit, 2008

3. Aurélie Ledoux, « Les rêves en trompe-l’œil. Leçon ou expérience ? Descendance de La Femme au portrait dans le cinéma américain contemporain (Total Recall, Matrix, Vanilla Sky) », in Rêve et cinéma - Mouvances théoriques autour d'un champ créatif, PUF, 2012

                                                                                                                                              2

« Bel écran, brisons l’espace

qui sépare pile de face,

vivons enfin,

entrelacés. »

Dans son livre Cendrillon, Eric Reinhardt fait l'ode de deux films Brigadoon (Vincente Minnelli, 1954) et Le trou (Jacques Becker, 1960) pour décrire une expérience esthétique fondamentale, existentielle, à l'origine de la construction de sa réalité -- une réalité multiple qui n’est pas sans rappeler les réflexions de Clément Rosset sur la dualité du réel. Ainsi les personnages du livre de Cendrillon vivent chacun une des nombreuses vies possibles de l’auteur, comme si cette expérience initiatique avait démultiplié la vision de l'écrivain. Peut-on en déduire que notre rapport à l’image détermine notre conception de ce que serait la « vérité » ?

Les protagonistes des deux films vivent de manière à la fois similaire et symétriquement opposée un rapport à l’image, à sa pénétration et son appréhension. Le héros de Brigadoon, joué par Gene Kelly, a accès à une expérience inédite, il découvre un hameau victime d’un étrange sortilège, n’apparaissant seulement qu’une journée tous les 100 ans. Notre héros rencontre dans ce village magique l’amour de sa vie, une jeune paysanne d’un autre siècle, incarnée par Cyd Charisse, et décide de la suivre dans cet univers autre. Comme Alice, il traverse le miroir et passe de l’autre côté. A l’inverse, les prisonniers du Trou creusent patiemment un tunnel vers un ailleurs qu’ils n’atteindront jamais. Le souterrain débouche de nuit au pied d’une ville illuminée qu’ils regardent émerveillés, comme derrière un écran ; il n’y a qu’un pas entre eux et ce monde qu’ils observent et qui ne restera à jamais qu’un fantasme. Comme l’écrit Eric Reinhardt, les protagonistes des deux histoires se trouvent face à un accès à l’image de leurs rêves. “L’instant. La magie. La vision. Un passage vers la liberté. S’introduire dans la vision. Un passage vers l’éternité. Un passage vers l’amour. Un passage vers la lumière.”1

Le personnage de Brigadoon accomplit-il l’expérience ultime, découvre-t-il son idéal avec qui il va faire corps ? D’aucuns interpréteront que notre héros a simplement eu accès à un monde virtuel ou parallèle, un monde de chimères, qui entraîne de facto la disparition du sujet qui y pénètre. Comme dans le labyrinthe de Philip K. Dick, rentrer dans une projection peut amener à ne plus distinguer le réel du rêve. C’est ce que découvrent souvent les personnages, comme dans Avalon ou Matrix : traverser l’écran, pénétrer l’image pour faire corps avec elle revient à se perdre dans un mirage.

Le choix pourrait être alors de refuser les tentations de l’artifice, considérant Brigadoon et ses décors de carton-pâte comme une vulgaire mise en scène. Mais s’aveugler sur la réalité de Brigadoon, n’y voir qu’un mirage d’où s’extraire, serait peut-être la véritable illusion.



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1. Eric Reinhardt, Cendrillon, éditions Stock, 2007

                                                                                                                                                1


REGAZZONI Tony. Total Eclipse. 2010 Écran, sphère silicone, projecteur mini-découpe, moteur, structure en rails métalliques et BA13 peint, dimensions variables Vue de l'exposition : « Blackout », Galerie The Window41 (Paris), 05.03 – 07.04.2010. Photographie © Stéphanie Toussaint et Tony Regazzoni, 2010

REGAZZONI Tony. Total Eclipse. 2010 Écran, sphère silicone, projecteur mini-découpe, moteur, structure en rails métalliques et BA13 peint, dimensions variables Vue de l'exposition : « Total Eclipse », galerieACDC (Bordeaux), 02.02 – 05.03.2011. Photographie © Tony Regazzoni, 2011

REGAZZONI Tony. Total Eclipse. 2010 Écran, sphère silicone, projecteur mini-découpe, moteur, structure en rails métalliques et BA13 peint, dimensions variables Vue de l'exposition : « Total Eclipse », galerieACDC (Bordeaux), 02.02 – 05.03.2011. Photographie © Tony Regazzoni, 2011

REGAZZONI Tony. Moonlight Shadow (vue partielle). 2013 Installation, laser, fumée, bois, polystyrène, dimensions variables Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013|

REGAZZONI Tony. Moonlight Shadow (vue partielle). 2013 Installation, laser, fumée, bois, polystyrène, dimensions variables Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

REGAZZONI Tony. Moonlight Shadow (vue partielle). 2013 Installation, laser, fumée, bois, polystyrène, dimensions variables Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

REGAZZONI Tony. Total Eclipse. 2010
Écran, sphère silicone, projecteur mini-découpe, moteur, structure en bois, vernis pailleté, béton, dimensions variables, une coproduction Ville de Nevers / Parc Saint Léger – Hors les murs Vue de l'exposition : « Celebration », Palais ducal de Nevers (Nevers), 08.04 - 05.06.2011 (commissariat : Céline Poulin dans le cadre de la programmation Hors les murs du Parc Saint Léger). Photographie © Tony Regazzoni, 2011

YAMAMOTO Hideo. Homunkurusu [Homunculus], t. 12. 2010

KON Satoshi. Opus, t. 1. 1995

Au premier plan : WIESER Claudia. Treppen. 2009 – 2013. Impressions noir et blanc, 250 x 500 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Sies + Höke Au second plan : FRANKOVICH Alicia. Man walked on the Moon. 2012. Installation, courtesy Chartwell Collection Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

Au premier plan : WIESER Claudia. Treppen. 2009 – 2013. Impressions noir et blanc, 250 x 500 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Sies + Höke Au second plan : FRANKOVICH Alicia. Man walked on the Moon. 2012. Installation, courtesy Chartwell Collection Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

Au premier plan : WIESER Claudia. Treppen. 2009 – 2013. Impressions noir et blanc, 250 x 500 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Sies + Höke Au second plan : FRANKOVICH Alicia. Man walked on the Moon. 2012. Installation, courtesy Chartwell Collection Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

Dog is Dead. All Our Favourite Stories (couverture de l'album). 2012

ARONS Rich, BOYER Ken, BUTTERWORTH Kent et al. (réal.), DINI Paul, HOLLANDER Nicholas, RUEGGER Tom et al. (scénario). Tiny Toon Adventures: How I Spent My Vacation [Les Vacances des Tiny Toons]. 1992

Biscuit Duke. Exterior Wormhole Rendering. 2010

NISHIO Daisuke (réal.), KOYAMA Takao (scénario). Doragon Bõru Zetto: Jigen kara no Dasshutsu!! Sūpā Gotenkusu Surī [Dragon Ball Z : La Porte entre les deux dimensions], épisode 260. 1995
L’image-trou reproduit sur la page s’agrandit. Il devient une frontière malléable dans lequel le lecteur s’aventure jusqu’à disparaître. Comme Alice, il « traverse le miroir ». Quelques minutes plus tard, lorsqu'il ouvre de nouveau les yeux, l'environnement a basculé de façon radicale : « le monde est devenu une image...?! ». À la manière d’un décor de théâtre, celui-ci est désormais constitué de plans verticaux alignés les uns derrières les autres, qui semblent se mouvoir en fonction des déplacements du regardeur. 
Dans cette ultime aventure, l'auteur confèrent à la représentation (l'image) et au déficit de représentation (le trou) une fonction analogue. Ils permettent le passage du banal à un univers fantasque dont l'existence et la logique d'organisation ne doivent qu'à la présence de l'usager qui y pénètre. 

CLOWES Daniel. Eightball, n° 8. 1992

BURNS Charles. X'ed OUT. 2010

BURNS Charles. Black Hole endpapers: Black Circle. 2000 Encre sur papier, 45,4 x 30,5 cm

LEPRUNIER Paul. Camille Flammarion à son Observatoire de Juvisy (carte Postale, Juvisy). 1915

« Nicolae Donici 1874 – 1956 » (timbre à l'effigie de l'astrophysicien, Moldavie). 2003

CAPRA Frank, HURTZ William T. (réal.), CAPRA Frank (scénario). Our Mr. Sun. 1956

YAMAMOTO Hideo. Homunkurusu [Homunculus], t. 14. 2010

PARISET Aude, BONNEVIOT Juliette. Last Spring/Summer. 2012 Installation Vue de l'exposition : « Les Urbaines », Lausanne, 30.11 – 02.12.2012 (commissariat : Elise Lammer)

(Carte postale). s.d.n.l.

(Première de couverture, détail). s.d.n.l.

Fishs Eddy. Motif « Tunnel Vision ». s.d.

HUGHES Steve (réal.), ROBERTS Gareth (scénario). Doctor Who: Closing Time [Docteur Who : Tournée d'adieux], saison 6, épisode 12. 2011

ITÕ Junji. « Amigara Dansō no Kai » [« The Enigma of Amigara Fault »]. In : Gyo [Gyo]. 2002

BURNS Charles. Black Hole back cover: Looking Down Hole. 2002 Encre sur papier, 45,7 x 33 cm

ITÕ Junji. « Amigara Dansō no Kai » [« The Enigma of Amigara Fault »]. In : Gyo [Gyo]. 2002

BURNS Charles. Black Hole, t. 5 [Black Hole : Visions, t. 3]. 1998
Plusieurs minutes s'étaient écoulées depuis qu'il avait pris cette position. Déjà, son corps s'enkylosait. 
L’œil collé à la fissure, il tentait désespérément de reconnaître dans la pénombre quelques signes particuliers. Les autres attendaient. Malgré l'engourdissement croissant, il restait concentré sur cette unique opération. Seul voir l’importait. […] Puis soudainement, était-ce le fruit de sa fatigue délirante ? La trouée dans le bois sembla s’agrandir ; son œil s’écarquilla. De l’ombre de l’autre côté, des formes, étrangetés obscures, émergeaient graduellement. […] La faille, devenue tunnel de vision, conduisait son regard jusqu’aux figures hallucinées. Celles-ci se précisaient, comme modelées à mesure de l’avancée de l’œil dans le tunnel. 

[…] le voyeurisme est toujours fragmentaire, manière de montrer que l’acte de voir, de reluquer est toujours partiel, que le savoir acquis a agrandi l’espace de l’ombre, que l’insu persiste et s’accroît et que le fragment en est donc la seule forme logique. La petite forme se fait l’écho de cet « instant de voir », elle est le lieu de rencontre entre soi et le monde, dans le temps de leur conflagration muette. 


SULLIVAN Derek. Eager, Guilty, Free, Reserved. 2012 Gravure, encre sur papier japonais Kozuke, 64 x 95 cm, imprimé par Laine Groeneweg sous les auspices du Open Studio Visiting Artist Residency, 2011 – 2012. Photographie © Chris Thomaidis, 2012

CARPENTER John. Halloween [Halloween : La Nuit des masques]. 1978

KUBRICK Stanley. Eyes Wide Shut. 1999

KON Satoshi. Opus, t.1. 1995

SOBRAL CAMPOS Rita. Universes_1_2_3. 2014

MINNELLI Vincente. Brigadoon. 1954

MOUSSET Mélodie. Unfolding the Stone: Study One, Unfolding the Stone: Study Two. 2011 Tirages couleurs encadrés, 16 X 20” et 11 X 14”

MOUSSET Mélodie. Unfolding the Stone: Study One, Unfolding the Stone: Study Two. 2011 Tirages couleurs encadrés, 16 X 20” et 11 X 14”

MOUSSET Mélodie. Rock Nose. 2010 Cailloux sculptés et élastique, courtesy de l’artiste et The Suzanne Geiss Company

MOLE Aurélien. Les Précédentes. 2014 Production spécifique pour le projet BRIGADOON : What a loony layout this is

GANS Christophe. Silent Hill. 2006

Au premier plan : STADLER Robert. BDC. 2011 En arrière plan, de gauche à droite : PFEIFFER Walter. Untitled. 1974, PRESTON Marie. « Souche, Petit bois, 24 octobre 2011, La Tuilerie ». 2012, FRANKOVICH Alicia. Man walked on the Moon. 2012, MALEK David. Large Blue One Point Perspective #1. 2012 Vue de l'exposition : « Brigadoon », La Tôlerie (Clermont-Ferrand), 13.09 – 07.12.2013 (commissariat : Céline Poulin). Photographie © Aurélien Mole, 2013

CLOWES Daniel. Eightball, n° 8. 1992

POWELL Michael. Peeping Tom [Le Voyeur] (bande-annonce du film). 1960

ITÕ Junji. « In the Valley of Mirrors ». In : Shin Yami no Koe : Kaidan [New Voices in the Dark], t. 1, chap. 3, 2006
Concluons que le regard est : trou illuminé qui dans l’Autre méduse le sujet, l’éclat qui agalmatise les objets de son désir, le vide radieux qui le néantise, ce qui brille dans le cristal de la langue, [...] Moi dans le miroir de l’Autre. 


YAMAMOTO Hideo. Homunkurusu [Homunculus], t. 14. 2010

YAMAMOTO Hideo. Homunkurusu [Homunculus], t. 5. 2005

De haut en bas : MATHIEU Marc-Antoine. 3". 2011 BURNS Charles. Black Hole, t. 1 [Black Hole : Sciences naturelles, t. 1]. 1995
Mais il était compréhensible dans un régime du regard sous lequel les yeux émettaient un cône visuel qui, comme un organe lumineux, saisit et embrasse la réalité. Mais de tels yeux animés n’existent plus aujourd’hui que métaphoriquement. Nous ne « voyons » plus en embrassant la réalité au moyen d’un cône de rayons émis par notre pupille. Le régime du regard selon lequel nous percevons aujourd’hui nous fait accomplir l’acte de voir comme une forme d’enregistrement, par analogie avec les cassettes vidéo. Ces yeux qui n’embrassent plus la réalité ne valent guère d’être arrachés. Ces yeux iconophages ne servent : – ni à fonder l’espérance sur la lecture biblique ; – ni à apercevoir l’horreur du voile technogène qui me sépare du réel ; – ni, enfin, à jouir du seul miroir dans lequel je saurais me retrouver, qui est la pupille de l’autre. 


MOLE Aurélien. Les Précédentes. 2014. Production spécifique pour le projet BRIGADOON : What a loony layout this is.

KINNEY Jack (réal., scénario). Popeye the Sailor : Coffee House [Popeye le marin], saison 1, épisode 51. 1960
L’architecture de l’arène, véritable machine de vision, est entière tournée vers la blessure à venir, que ce soit celle causée par l’épée du toréador à l’issue du duel, ou celle laissée par l’une des cornes du taureau dans le corps de l'homme. 
Le passage, fidèle aux obsessions de l’auteur, voit la réalisation de l’analogie entre fente féminine et mortelle, comme lieu de convergence des regards. L’analogie se poursuivra dans le chapitre suivant, jusqu’à son dénouement paroxysmique, lorsque l’héroïne tentera d’introduire dans son sexe l’oeil du prêtre. L’oeil détaché du corps devient autonome. Cette émancipation ne manque pas de nous évoquer un autre souvenir célèbre de l'auteur, relaté dans ses « Coïncidences », où les yeux de son père aveugle se retournent épisodiquement – laissant apparaître le blanc du globe oculaire – comme mû par une volonté propre. 

CRONENBERG David. Videodrome [Vidéodrome]. 1983

CRONENBERG David. Videodrome [Vidéodrome]. 1983

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